lundi 23 avril 2012

Le Courage Politique en Tunisie et le CPR

Quelques mois avant le début de la campagne électorale en Tunisie l’année dernière,  nous étions beaucoup à remarquer  la pauvreté du débat politique et idéologique en Tunisie, qui s’est à peu près axé sur 3 lignes directrices :
-  Laïcité de l’état et de la société
-  La rupture avec le RCD et ses pratiques
-  La légitimité et le délai accordé à la constituante et le gouvernement qui en découle pour écrire une constitution et organiser de nouvelles échéances électorales.

Ces débats, et malgré leurs importances apparentes, étaient, à mon sens et ceux de beaucoup d’autre comme moi, insuffisants pour donner au tunisien les moyens de comprendre les rouages de la politiques, pour se faire une vrai idée de la politique, et surtout de réaliser les enjeux à venir. Nous nous plaignions sur les réseaux sociaux, dans les cafés, et de partout,  qu’on n’osait jamais aborder les vrais débats et nous exprimions notre déception (la preuve est le taux d’abstention). Il n’y avait aucune proposition concrète (la preuve est que le gouvernement n’a donné son programme que plusieurs mois après sa formation), et il n’y avait aucune envie de donner clairement sa vision de la future constituante. Et je pense que c’est l’excès de prudence qui a muselé la plupart des acteurs de la scène politique à ce moment-là.

En effet, hormis Enahdha, qui avait conscience de son vrai volume, de sa vraie valeur, et de sa popularité, tous les autres partis (même ceux qui prétendaient le contraire) ignoraient le nombre de voix qu’ils étaient capable d’avoir, et étaient incapable de déterminer des vrais objectifs. Cette différence d’aisance, a permis à Enahdha de proposer un programme complet (du moins, le plus abouti), là où le manque d’aisance a empêché des partis comme le CPR, ou le FTDL, d’oser mettre sur papier toutes les valeurs et les idées qu’ils avaient défendu pendant plusieurs années.
Et on s’y attendait, car en l’absence d’outils statistiques fiables, et d’une vraie culture de sondage, on ne pouvait estimer l’état de santé de tel ou tel parti. Or dans des échéances électorales, un programme devrait être conçu pour atteindre deux buts : satisfaire ses adhérents, et faire une approche courtisane des hésitants, et des électeurs des autres mouvements ou parti d’un courant semblable, ou même ennemi.

Paradoxalement, le CPR, qui a évité de soulever plusieurs débats, et qui a même décidé d’abandonner quelques idées phares de son ex-président, a pu réussir une approche de quelques électeurs, se servant notamment de l’image de son président. C’était surprenant de voir un parti politique, qui a manqué de courage, réussir. Mais c’était la réalité, en tout cas celle du moment. Car depuis, le CPR prouve toute son immaturité, et son manque de courage.

Nous sommes tous d’accord que ceux qui ont voté CPR ont voté pour Marzouki.  Ce dernier conscient de sa réussite, ne s’est pas fait prier, pour abandonner son parti, et accepter les termes de l’accord avec Enahdha, qui le plaçait président de la république, alors même que le bureau politique n’avait pas encore décidé et convoitait deux ministères (la justice et l’intérieur). Nous nous attendions tous à une discussion plus ferme entre les trois partis de la troïka. C’était sans compter sur l’habilité d’Enahdha et la naïveté des CPR et FTDL. C’était à ce moment-là qu’il fallait faire preuve de courage, en refusant de collaborer avec Enahdha. Mais ce dernier, a su les monter les uns contre les autres, et les diviser. Et au lieu de mettre les collaborateurs (ceux qui se sont pressés pour accepter les conditions d’Enahdha) face à leur responsabilité au sein du parti, et les inviter soit à rentrer dans les rangs soit à partir, ils ont essayé de ramasser les pots cassés et de les rassembler, tout en acceptant finalement la soumission à Enahdha, et à un ancien membre et ex-président du parti.

Depuis, l’ambiance au CPR n’était plus la même. Le parti a perdu sa figure emblématique. Il se retrouve sur la scène politique, sans réel programme, sans orientation, détesté par les anti-Enahdha, et dénigré par ce même parti qui est son allié, et qui se permet de s’immiscer dans ses affaires internes.

Pire encore, les jeunes qui se sont bousculés pour adhérer au CPR et militer, se sont vu éliminés un à un de la vie interne du parti, et priés de se contenter d’applaudir.

Et puis, le 9 avril 2012, se passa le vrai drame pour le CPR. L’ancien numéro un du CPR et président provisoire de la Tunisie, donnant un avis partial et autoritaire, en total contradiction avec l’intervention du vrai numéro un du parti deux jours plus tard à l’ANC.

Quelques semaines plus tard, des membres du bureau politique du CPR proches de la présidence émettent une mention de censure à l’encontre de Mr Ayadi, en le remerciant. Douze élus du parti, décident alors de montrer leur solidarité avec Ayadi, et quittent le parti.

Ce moment aurait pu être un acte fondateur pour un mouvement audacieux et militant autour de la personnalité de Mr Ayadi. Mais aussi surprenant soit-il, ce dernier déclare ne pas envisager de créer un parti. Propos confirmés quelques jours plus tard par « Oum Zied ». Et c’est là où on mesure le manque de courage politique, voire de génie politique de cette génération. Car si leur but est de pouvoir conquérir à nouveau le CPR, où est la logique dedans? Le CPR ne pourra jamais faire le même score que dernièrement. Le CPR a été sali, caricaturé, et a perdu tout son poids. Enahdha prépare d’ores et déjà la prochaine échéance (en affaiblissant ces alliés), et il y parvient avec beaucoup d’aisances. Alors que les deux figures emblématiques du CPR, après le départ de Marzouki, ne semblent pas mesurer l’urgence de créer un mouvement qui propose une vraie alternative, qui dénonce la troïka, qui tire sur les anciens CPR et ceux qui sont complices dans ce putsch (mention de censure contre un numéro un élu), qui prépare un vrai programme, qui lance des vrais débats, et qui encadre les jeunes qui n’attendent que ça. Non ! Au lieu de ça on a très vite oublié le 9 avril, très vite oublié le putsch, et ils vont se faire oublier très vite aussi.

Alors oui, le tunisien n’est pas mature politiquement, n’a pas une réelle culture politique. Mais au regard de la classe politique active en Tunisie,  ce n’est point surprenant.

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